Football algérien: le sévère réquisitoire du président de la JSK

Dans une longue interview accordée au quotidien Liberté, le président de la JS Kabylie, Cherif Mellal, dresse un bilan sombre de la situation du football en Algérie Le boss des Canaris n’est pas allé de main morte pour critiquer la « mauvaise gestion » de la FAF et de la LFP, allant même jusqu’à porter de graves accusations contre ces deux instances. Voici quelques extraits choisis de l’interview sans détours du sulfureux Cherif Mellal.

Bilan de Kheireddine Zetchi à la FAF

« Zetchi est en situation d’échec. Il doit, de fait, convoquer une assemblée générale pour présenter ses bilans moral et financier et quitter ses fonctions dans la foulée. Il a, certes, à son actif le succès en coupe d’Afrique des nations 2019 en Egypte dans la mesure où une partie du mérite lui revient en tant que président de la FAF au même titre que Djamel Belmadi qu’il a, lui-même, installé dans ses fonctions de sélectionneur.

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Mais Zetchi est tout aussi responsable de ce qui se passe au niveau du football national. Que cela ait trait à la mauvaise et l’anarchique gestion des clubs de l’élite dite professionnelle (Ligues 1 et 2), ou encore au phénomène de corruption et de marchandage des matches, il n’a jamais trouvé la parade ou donné l’impression de savoir comment juguler ces problèmes. Il manque d’idées et de solutions. »

Professionnalisme en Algérie

« Cette pandémie de coronavirus que nous vivons a mis à nu la vraie nature des clubs algériens. Ils n’arrivent même pas à assurer leur survie. J’irais même jusqu’à dire que si la réglementation était appliquée dans toute sa rigueur, tous ces clubs seraient appelés à mettre la clé sous le paillasson.

Je citerai l’USMA comme contre-exemple. Il est, à mon avis, anormal qu’un club qui croule sous pas moins de 400 milliards de dettes soit secouru et pris en charge par l’Etat. »

Entreprises publiques au secours de certains clubs

« Je ne défendrai jamais cette politique. Aujourd’hui, tous clubs algériens ont le droit d’être parrainés par des sociétés étatiques à même de bénéficier d’une bonne assise financière.

Pourquoi ces avantages se limitent-ils au CRB, au MCA, à l’USMA, au CSC et à la JSS ? Pour quelles raisons la JSK, qui demeure la locomotive du football national et le club le plus titré du pays, est-elle marginalisée ? Pour quels desseins on nous met les bâtons dans les roues et on tente de nous freiner dans notre progression ?

Je vous répondrai que la JSK leur fait peur. Ils ont peur de nous voir réussir. »

Corruption dans le football algérien

« Les commissions d’arbitrage et de résolution des litiges qui sont minées par la corruption. Il fallait  commencer  par  ça. Ces  derniers  temps, et en  dépit  de  tous  les scandales qui ont éclaté au grand jour, le bureau fédéral n’a  pris aucune décision ferme. Aucun arbitre n’a été sévèrement sanctionné malgré toutes les anomalies enregistrées. C’est scandaleux !

Si cette commission d’éthique existait vraiment ou plutôt avant, j’aurais aimé qu’elle ait été témoin de ce qui s’est passé en fin de saison dernière. J’aurais aimé que ses membres nous livrent leur jugement sur le déroulement des dernières rencontres du championnat.

Lors des rencontres de Tizi Ouzou entre la JSK et le CABBA et de Constantine entre le CSC et l’USMA (…) je continue de penser que Zetchi manque de courage.

Aussi, les hommes qu’il a choisis pour travailler avec lui ne sont pas à la hauteur. Ils ne sont  d’ailleurs  même  pas légitimes. On  les  commande  par téléphone. »

Sur le président de la LFP

« Medouar est en fin de mandat en ce mois de juin. Il doit lui aussi partir. Il n’a même pas besoin de décider de la reprise ou non de ce qui reste du championnat. »

Scandale de l’enregistrement sonore

À la FAF, on a trop laissé passer des affaires pareilles. Tout le monde savait comment les choses se déroulaient. Zetchi lui-même devait faire montre de davantage de caractère pour changer ce genre d’habitudes. Surtout qu’il était lui-même un président de club auparavant. Il connaît, par ricochet, très bien les problèmes que vivent nos clubs. Il était au courant des magouilles et du mode de fonctionnement de toute cette corruption qui gangrène le football algérien.

Il devait faire acte de bonne volonté pour espérer éradiquer ce fléau. Et si je suis entré en conflit avec lui sur le plan personnel, c’est d’abord en raison de certaines de ses prises de position. Et ce, avant même qu’il ne connaisse la réalité des choses. On nous demande de respecter les lois et règles en vigueur. Mais nous constatons que ces responsables sont les premiers à fouler au pied la réglementation et à piétiner l’éthique. Ça ne pourra jamais marcher comme ça. »

Futur président de la FAF

« Après avoir côtoyé certaines personnes, je vois bien un homme comme Mecherara, surtout s’il est accompagné de personnes compétentes et courageuses.

Avec du soutien, il peut accomplir convenablement sa mission. Pour moi, Mecherara est assez expérimenté. C’est un homme du football qui a travaillé auparavant à la FAF et a été président de la Ligue. Il connaît parfaitement le milieu et les problèmes qui minent le sport-roi national. C’est le mieux indiqué pour incarner le changement et remettre le foot algérien sur les rails. »

Reprise du championnat

« Je l’ai dit et je le répète, la JSK est prête à aller jusqu’au bout. Nous sommes pour la reprise du championnat. Nous n’attendons que le feu vert pour la reprise des entraînements. »